Doubs Agricole 25 - page 10

D O S S I E R
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L
e Doubs Agricole : Quelle est
la part de responsabilité de
l’agriculture dans la pollution
des rivières comme la Loue ou
le Dessoubre ?
Marc Goux :
Le collectif a étudié les
flux d’azote et de phosphore qui passent
dans la Loue. Ce travail a été réalisé
par un enseignement universitaire qui
a repris par exemple toutes les analyses
effectuées depuis 40 ans par la ville de
Besançon sur le captage de
Chenecey-Buillon. On a
identifié trois causes : l’apport
naturel lié à la dégradation
des sols, la pollution
domestique et la pollution
agricole. 90% de l’azote retrouvé dans
la Loue est d’origine agricole.
LDA : Comment améliorer la situation ?
M.G. :
On a publié 74 propositions dont
19 à destination de l’agriculture. Chacun
doit avoir à l’esprit la fragilité du sous-sol
et des rivières karstiques. Il faut que les
agriculteurs reviennent à l’essence même
de leur métier, à savoir le maintien des
pratiques agronomiques. On préconise
la replantation des haies qui permettent
de réduire le lessivage des sols et de capter
en partie d’éventuelles fuites d’azote sur
les terrains en pente. On s’oppose
fermement à l’utilisation du glyphosate.
Cet herbicide met les sols à nu. C’est
une erreur monstrueuse. On souhaite
aussi que les A.O.P. sortent des démarches
dans lesquelles elles s’inscrivent
actuellement pour s’orienter à plus ou
moins long terme vers des approches
plus en phase avec l’agro-écologie.
LDA : Cela sera-t-il suffisant ?
M.G. :
Non, car on constate que les
rivières continuent à se dégrader. On va
publier prochainement une dizaine de
mesures permettant de réduire l’impact
des pollutions domestiques et agricoles.
Elles portent sur l’autonomie des
exploitations que ce soit au niveau
alimentaire ou des apports fertilisants.
On doit sortir du tout lisier et miser
davantage sur la richesse floristique des
prairies. On a eu de vifs débats
sur les capacités de stockage
des effluents pour finalement
accepter de passer de 4 à 6mois
de capacité. On soutient aussi
la proposition de la
Confédération paysanne qui suggère de
créer des fosses collectives qui soient
comme les autres éligibles aux subventions.
LDA : Et sur les pratiques d’épandage ?
M.G. :
On défend une gestion
pragmatique et respectueuse des bonnes
périodes, des bons dosages, sur le
principe des 200 à 220 degrés/jour. À
l’automne, plutôt qu’un arrêté, ce serait
plus responsable de laisser les
agriculteurs décider collectivement de
fixer une date butoir. On ne se focalise
pas seulement sur l’agriculture. Le
collectif milite aussi pour une maîtrise
des pollutions émanant des scieries, des
petites entreprises. On dénonce l’impact
des déversoirs d’orage qui rejettent de
grosses quantités de polluants dans les
rivières et lacs. Sans oublier la question
des micro-polluants que personne ne
sait encore régler.
o
Propos recueillis par F.C.
E n v i r o n n e m e n t a l i s t e s
Marc Goux : “Il faut que
l’agriculture repense ses pratiques”
Membre très actif du collectif S.O.S. Loue et rivières comtoises, Marc Goux combat avec
acharnement toutes les pratiques qui ont conduit à la dégradation du sous-sol et des
rivières comtoises. Il pointe du doigt l’intensification et les dérives des pratiques agricoles
en préconisant une exploitation plus raisonnée du potentiel agronomique des sols.
“Créer
des fosses
collectives.”
“On est plus favorable à l’élargissement de la zone A.O.P. comté plutôt
qu’à la conversion de producteurs qui sont déjà dans le périmètre”,
explique Marc Goux en évoquant l’évolution de la filière comté.
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